M.A.J. :
jeudi 6 novembre 2008
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Accident sur Feu de pavillon
L’extinction était en cours d'achèvement. Avec deux autres pompiers, nous dégarnissions les murs et le plafond le long des portes-fenêtres du pavillon. Une force m'a soudain plaqué au sol, une masse énorme. Durant cet instant qui m'a paru de longues secondes, la toiture, les combles et le premier étage s'effondraient, m'écrasant par à-coups. J'ai cru mourir en sentant cette pression qui ne cessait d'augmenter. J'avais le souffle coupé et la douleur se faisait intense. Lorsque le silence est enfin arrivé, je me trouvais, je l'ai su ensuite, à un peu plus d'un mètre de l'extérieur de la maison, sur le ventre, mon genou droit au niveau du thorax, et mon bras droit replié sous mon corps. Je pouvais respirer grâce à mon A.R.I (Appareil Respiratoire Isolant).
Entendant des voix, j'ai pu ôter mon masque pour appeler, signaler ma présence. Me cherchant, certains passaient au-dessus de moi. Tout craquait! J'avais peur. Si quelque chose tombait encore, la pression serait elle fatale ? Si le plancher cédait, je tombais au sous-sol... Heureusement, j'ai rapidement été situé. Mais des voix, que des voix. Je voulais que l'on me soulage de ce qui m'écrasait. La douleur était si forte que j'ai voulu et perdu connaissance, espérant qu'en me réveillant, tout serait fini. Mais les appels de celui qui me parlera durant cinquante minutes me réveillèrent. J'ai alors commencé à vomir. Je fus étonner du petit soulagement que cela me procurait, la pression dans mon abdomen diminuant. Et j'entendais des mots: F.S.R. ( Fourgon de Secours Routier ), Berce S.D. ( Sauvetage-Déblaiement ), cric... Dans ma tête, il allait falloir une éternité pour que ces véhicules n'arrivent ; je commençais à paniquer.
Mais une main est venue me toucher. Quel soulagement ! J'entendais travailler devant moi et sur ma droite. Une lueur d'espoir, enfin. Lorsque mon masque s'est bouché (je vomissais toujours), bouteille presque vide, on a pu me glisser un autre masque. Même si j'avais énormément de mal à respirer, cet apport d'air sain m'aida à prendre confiance en tout ce qui se déroulait autour de moi.
Au fil de minutes, vérins, écarteur, coussins et cales agissant, la pression diminua, faisant apparaître de nouvelles douleurs dans le haut de ma cuisse droite. Je ne savais pas dans quel état était ma jambe.
Certains moments ont été particulièrement durs : à chaque levage, j'entendais des craquements énormes, j'avais peur que tout ne cède. De plus, il a fallu plusieurs fois rebaisser la charge afin de la poser sur les cales et pouvoir ainsi continuer le levage.
Soudain, alors que j'arrivais à la fin de ma troisième bouteille d'A.R.I., je bougeais la tête et je vis de la lumière, là, au bout de ce petit tunnel. Et tout alla très vite. Je pus dégager mon bras gauche de l'A.R.I.. Dans l'euphorie de cette libération toute proche, j'enlevai même mon casque, mais qui a été très vite remit à sa place. On coupa la bretelle droite de l'A.R.I.. Je pouvais bouger. C'est après avoir fait de même avec mon ceinturon que l'on me tira hors de cet étau (ainsi que ma lampe de casque, que je voulais sortir avant moi (???), de peur de la perdre, car elle ne serait pas échangée). On me glissa sur la planche. Dans l'instant qui suivait, un pan de mur s'écroulait à l'endroit où nous étions.
Il y avait tant de monde autour de moi. La sensation était étrange. J'avais l'impression d'avoir été drogué. Les lumières me paraissaient si fortes, les voix, les applaudissements, tous ces bruits avaient l'air si lointain. Je n'avais presque plus mal; j'étais fatigué. Puis, le V.S.A.B.(Véhicule de Secours aux Asphixiés et Blessés), le C.H.U., et enfin la caserne, l'interne n'ayant pas voulu m'hospitaliser (il ne voulait pas non plus m'arrêter ?!!???), ce que je regrette car se retrouver seul avec toutes ces images et ces douleurs n'a pas été facile. Malgré tout, je m'en sors vraiment bien: compression thoracique et jambe droite pendant 50 minutes, 2 fractures et 4 entorses de côtes. une entorse de la cheville droite, et des douleurs aux cervicales.
En conclusion, je voudrais remercier très sincèrement cette main et cette voix qui m'ont été d'une grande aide, ainsi que tous ceux qui ont participé à mon sauvetage.
Vue de l'extérieur
Cette soirée du 27 juin 2001 restera pour moi une soirée inoubliable tant la situation vécue frôla le drame.
Toute intervention importante nous apporte une certaine dose d'adrénaline, et ce feu de pavillon que nous combattions depuis plus d'une heure ne manquait pas de fils à retordre. Hélas alors que nous commencions à maîtriser le sinistre, l'intervention pris une tournure catastrophique pour les sapeurs pompiers.
Nous avons entendu un bruit très lourd d'effondrement, aussitôt suivi de cris de collègues: « il y a un gars en dessous! »
La toiture du pavillon s'était affaissée en entraînant le plancher inférieur, emprisonnant le personnel sapeur pompier qui effectuait un début de déblai.
Après quelques secondes, nous avons eu confirmation qu'il restait un sapeur pompier sous les gravas, un ou deux autres intervenants ayant réussi à temps à s'extraire du danger.
Je me suis précipité avec d'autres collègues au bord du pavillon et avec fougue, nous avons commencé à dégager les premiers éléments. J'avais envie de crier pour décupler mes forces car ayant aperçu le casque du collègue coincé sous le plancher, j'ai été pris d'un sentiment de colère et d'impuissance car il était impossible de ne soulever aucune charge pour effectuer le sauvetage, tout étant lourdement tombé et le feu n'étant pas encore maîtrisé. Nous avons eu confirmation qu'il s'agissait du Caporal Eric HAMON qui se trouvait sous les décombres.
Dès que j'ai pu apercevoir le haut de son corps, je me suis dis que je devais lui parler sans cesse pour qu'il sache que nous étions là. Le Lieutenant X se trouvait à mes côtés pendant le sauvetage, et nous avons commencé avec tous les moyens dont nous disposions, à essayer de soulever les premiers centimètres du plancher. Dès qu'un premier passage a été fait, je me suis allongé, et à bout de bras, j'ai pu apporter à Eric, un flexible, et un masque alimenté par une bouteille A.R.I., car le peu de volume d'air dont il disposait était difficilement respirable. Ce fut déjà un premier choc car si Eric s'était trouvé environ 20 centimètres plus loin, il m'aurait été impossible de lui donner de l'air, et sa survie était peu probable. Je n'ai cessé de l'appeler pour qu'il sache que tout le monde s'occupait de lui. Lorsque je lui disais: « Eric, c'est moi, c'est OSTO, ça va? » il répondait très difficilement, d'une voix que je n'oublierai pas: « j'ai mal, j'ai mal, c'est lourd, sortez moi... ».
Au fur et à mesure que le matériel de levage arrivait, le lieutenant X et moi même avons tout imaginé pour pouvoir lever les masses qui emprisonnaient notre collègue. Il y eut certains moments d'incertitude tant l'enchevêtrement des matériaux était complexe. Tous les sapeurs pompiers présents étaient impatients et s'affairaient à tout mettre en oeuvre pour libérer notre camarade. Au bout de trois quarts d'heure d'effort, nous avons réussi à gagner de précieux centimètres qui ont permis à Eric de dégager son genou qui lui comprimait la poitrine. Quelques instants plus tard, j'ai réussi à couper les sangles de son appareil respiratoire, ce qui lui a permis de pivoter et d'apercevoir les premières lueurs et les visages ravis des collègues. A partir de cet instant, tout se passa très vite.
Eric fut dégagé après 52 minutes de lutte. En aidant au brancardage et en me dirigeant vers l'ambulance, j'ai aperçu une foule nombreuse qui avait suivi minute après minute le déroulement du sauvetage. Spontanément, tout le monde a applaudi et j'espère qu'Eric a entendu ces applaudissements, car ce fut pour lui une récompense chaleureuse et pour moi très émouvante. Aujourd'hui encore, en repensant à cette intervention, je me dis qu'Eric a eu beaucoup de courage et « que l'on a eu très chaud! »
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